Affaire Pieri : chronologie

Par L’Obs
Publié le 23 novembre 2004

Le renvoi du leader nationaliste corse Charles Pieri et d’une vingtaine de mis en examen devant le tribunal correctionnel de Paris intervient à l’issue d’une instruction éclair de huit mois.
Voici les faits marquants de l’instruction:

2003

– 14 déc: Charles Pieri est interpellé près de Bastia, puis placé en garde à vue à Paris dans le cadre d’une information judiciaire contre X ouverte en septembre et confiée au juge Philippe Courroye.

– 16 déc: Marina Paolini, secrétaire entre 1996 et 2002 de la société Corsica Gardiennage Services (CGS), est mise en examen. Elle reconnaît avoir opéré des détournements de fonds à la demande d’un bras droit de Charles Pieri, Jacques Mosconi, et ajoute que la CGS était “entre les mains des nationalistes”.

– 17 déc: Pieri est mis en examen pour “abus de biens sociaux, recel et complicité d’abus de biens sociaux, recel d’abus de confiance, association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, financement du terrorisme et extorsion de fonds”. Il est écroué.

– 19 déc: Le PDG de la CGS, André Negroni, est mis en examen et écroué. L’épouse de Charles Pieri, Antonia Marty-Dessus, est aussi mise en examen.

2004

– 4 jan: Mise en examen de deux anciens administrateurs du Sporting club de Bastia (SCB), Gérard Luigi et Noël Géronimi, soupçonnés d’avoir joué le rôle de “porteurs de valises” pour Pieri.

– 8 jan: Mise en examen de deux agents de footballeurs, Gunther Albert et Fabien Piveteau. Ce dernier aurait déclaré avoir été contraint de verser à Pieri une partie de la commission perçue pour le transfert de Michaël Essien, de Bastia vers Lyon.

– 12 jan: Mise en examen de la fille de Charles Pieri, Elodie, écrouée. Les enquêteurs la soupçonnent notamment d’avoir bénéficié d’un emploi de complaisance au sein de la CGS.

– 13 jan: Jacques Mosconi est mis en examen et écroué.

– 20 jan: Jacques Maillot, ancien PDG de Nouvelles Frontières, déclare que l’arrêt des attentats ayant visé son entreprise en 1993 est lié au parrainage signé en 1994 avec le Sporting Club de Bastia.

– 5 fév: Mise en examen de François Nicolaï, président du SCB depuis décembre 1993. Il reconnaît que le parrainage de son club par Nouvelles Frontières relevait d’un “racket” commandité par la mouvance nationaliste corse.

– 15 avr: Interpellation en Corse de l’élu et avocat nationaliste Jean-Guy Talamoni. Il est mis en examen le 18 avril pour extorsion de fonds au préjudice de Nouvelles frontières.

– 24 mai: fin de l’instruction du juge Courroye

 

Charles Pieri, nationaliste corse emprisonné

(BBC, mai 2005)

Un nationaliste corse a été reconnu coupable par un tribunal de Paris de racket et d’extorsion pour financer le terrorisme sur l’île française de la Méditerranée.

Charles Pieri, un vétéran de la lutte séparatiste en Corse, a été condamné à 10 ans de prison.

Au cours du procès, il a nié les accusations et a déclaré être un “simple militant”.

L’homme politique nationaliste Jean-Guy Talamoni a été acquitté des accusations relatives à “l’extorsion de fonds en relation avec des activités terroristes”.

L’arrestation de M. Talamoni – chef du parti pro-indépendance Unione nazionale à l’assemblée régionale de Corse – en avril 2004 a déclenché des protestations dans l’île.

Il a été détenu dans le cadre de l’enquête sur Pieri, accusé d’avoir mis en place un racket d’extorsion de type mafieux.

Protestations

Certaines entreprises touristiques ont été obligées de verser des sommes importantes à un club de football lié à la cause nationaliste et de publier des annonces coûteuses dans un journal indépendantiste, a déclaré l’accusation.

Le tribunal a également appris que Pieri avait créé deux sociétés, une société de sécurité et une agence de nettoyage, qui ont servi de façade pour détourner l’argent vers sa cause.

Jean-Guy Talamoni a été innocenté des charges retenues contre lui

C’est la première fois en 30 ans, depuis le début du mouvement pour l’indépendance de la Corse, que les procureurs français ont utilisé des charges financières plutôt que des charges de terrorisme pour juger un suspect séparatiste de haut niveau, a déclaré l’agence de presse française AFP, citée par des commentateurs.

Au total, 22 personnes, dont une partie de la famille de Pieri, ont été jugées dans cette affaire.

En Corse, une centaine de nationalistes ont protesté devant le tribunal principal de la ville de Bastia, dans le nord du pays, au moment où le verdict était rendu, a rapporté l’Associated Press.

Le groupe de Pieri, le Front de libération nationale pour la libération de la Corse – Union des combattants (FLNC-UC), aurait annulé une trêve de 15 mois à la veille de son procès, déclarant qu’il “intensifiait la lutte sur tous les fronts – sans exception”.