QU’y a-t-il de commun entre l’attentat de la rue de Rennes à Paris, l’assassinat de l’ex-PDG de Renault Georges Besse, la prise d’otages au Liban et la politique nucléaire de la France ? Le dossier Eurodif, ce complexe européen d’enrichissement de l’uranium, dont la France est maître d’oeuvre, et qui fut la cause de la tension qui prévalut entre les deux pays, France et Iran, depuis 1974. Dans leur enquête La République atomique, France-Iran le pacte nucléaire, le réalisateur David Carr-Brown et Dominique Lorentz, journaliste et auteur de livres sur le nucléaire, racontent dans le détail les péripéties politiques et économiques de la politique nucléaire française avec l’Iran, au coeur de laquelle se trouve le dossier Eurodif. Dirigé à ses débuts par Georges Besse, Eurodif eut, dès sa création, l’Iran comme actionnaire (10 % du capital). Signé en 1974 par Valéry Giscard d’Estaing au début de son septennat, le contrat Eurodif conclu avec le chah d’Iran prit un tournant plus politique, en 1979, avec l’arrivée des islamistes au pouvoir à Téhéran.

Le chah est renversé et l’ayatollah Khomeyni, hébergé jusque-là par la France, installe une république islamiste en Iran. Peu à peu, les relations se tendent entre la France et l’Iran. Et la guerre entre ce dernier et l’Irak n’arrange rien : la France soutient l’Irak en lui fournissant des armes.

En 1982, François Mitterrand, refuse de livrer au pouvoir iranien l’uranium auquel il a droit. Par ailleurs, Téhéran réclame à la France le paiement d’une dette de 1 milliard de dollars consentie par le chah. La tension entre les deux pays culmine en 1986. Cette année, Georges Besse est assassiné devant son domicile parisien, acte revendiqué par Action directe. La cohabitation entre François Mitterand et Jacques Chirac, alors premier ministre, se traduit par une vague d’attentats meurtriers sur le sol français et une prise d’otages français au Liban, dont les derniers seront libérés entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988… Ce n’est qu’en 1991, après de délicates négociations, que l’Iran se verra confirmer dans sa qualité d’actionnaire mais Téhéran ne réclamera pas sa part de cet uranium de qualité non militaire produit par Eurodif.

A travers ce récit qui mêle archives et
témoignages des acteurs de cette troublante affaire, c’est toute l’histoire de la bombe atomique qui défile devant nous. Grâce à cette enquête, on comprend surtout les enjeux du nucléaire et de la diplomatie souvent ambigue de la France dans ce domaine.